Hier, j’ai eu de la visite.
Ça m’a fait du bien.
A vrai dire, le docteur n’avait pas précisé si le traitement était plus efficace si mes textes étaient lus, j’ai même cru comprendre qu’il lui était totalement indifférent qu’ils le soient (peut-être considérait il comme très improbable que je produise quelque chose de simplement lisible, et que cela n’avait d’ailleurs aucune importance). Mais, quand on est malade et qu’on doit garder la chambre (ou plutôt le bureau dans mon cas), ça fait toujours plaisir de voir du monde.
La première à ouvrir la boîte a été Alexandra.
Ça m’a fait du bien.
A vrai dire, le docteur n’avait pas précisé si le traitement était plus efficace si mes textes étaient lus, j’ai même cru comprendre qu’il lui était totalement indifférent qu’ils le soient (peut-être considérait il comme très improbable que je produise quelque chose de simplement lisible, et que cela n’avait d’ailleurs aucune importance). Mais, quand on est malade et qu’on doit garder la chambre (ou plutôt le bureau dans mon cas), ça fait toujours plaisir de voir du monde.
La première à ouvrir la boîte a été Alexandra.
Alexandra est une jeune fille tout à fait charmante, une célébrité locale dont l’esprit vif et frondeur a provoqué quelques remous à l’occasion des dernières élections. Elle est aussi devenue notre envoyée spéciale au conseil municipal luynois et à ce titre un rouage essentiel de la démocratie locale, ainsi qu’un poil à gratter pour l’ordre en place. Entre nous, elle n’a qu’un défaut, elle est très bavarde - presque autant que moi, certains ont même parlé de logorrhée -, mais comme ce qu’elle dit est en général intéressant, ça ne se voit presque pas. En plus, comme elle était un peu inquiète pour ma santé, elle a fait un effort, elle a fait court. Je vous recommande son blog, quand on a un peu de temps devant soi, c’est instructif et divertissant.
Peu de temps après, le couvercle de la boîte s’est de nouveau entrouvert et j’ai eu la surprise de voir apparaître Cathy et Luc, deux vieux complices dont j’ignorais totalement qu’ils connaissent le maniement d’un ordinateur. Je plaisante bien sûr, Luc est ingénieur en informatique, mais comme ils ont retapé une vieille ferme et conservé, voire accentué son aspect rustique (pas la moindre trace de hi-tech chez eux, la présence d’interrupteurs électriques semble déjà incongrue), ils traînent depuis des années une image moyenâgeuse qu’ils entretiennent avec soin. Cathy et ma femme sont de grandes amies, c’est à dire qu’elles passent des heures chaque semaine à pratiquer diverses activités, sportives, ménagères, culturelles ou autres, tout en papotant à jet continu, une performance qui laisse leurs époux respectifs pantois et admiratifs. Cela fait quelques années déjà que les époux en question ont été présentés l’un à l’autre lors d’une soirée mémorable organisée par les filles. Lorsque nous nous sommes retrouvés pour la première fois seuls face à face, Luc et moi, nous avons partagé en quelque sorte un grand moment de solitude. On peut en effet difficilement imaginer deux gaillards aussi différents. Luc est un passionné de vieilles automobiles, je suis allergique à tout ce qui fume et fait du bruit, il a ses galons de cordon bleu et adore la bonne chère et le bon vin tout en évitant soigneusement tout effort physique inutile, je mange et bois peu, et m’agite volontiers en short le dimanche matin… On imagine l’intensité de notre première conversation, passé les banalités d’usage… et nos chères épouses qui babillaient au loin sans penser à venir à notre secours… Ce qui nous a sauvé, et finalement rapproché, c’est d’avoir eu recours tous les deux à un humour très deuxième degré salvateur qui reste aujourd’hui encore notre mode de communication favori. Depuis, j’ai fait quelques progrès en œnologie et en sauce béchamel, mais j’avoue que le charme des 16 soupapes Lotus m’échappe encore un peu. Luc a acheté un vélo. Je ne l'ai jamais vu s'en servir.
Ces deux visites successives m’avaient bien revigoré, alors j’ai fait une pause, histoire de flairer l’atmosphère de la maison. Et là, je dois dire que j’ai été comblé, la maison sentait la guérison à plein nez. Des hurlements en provenance de la chambre de ma fille, dans la langue de Goethe me sembla-t-il (il me revient qu’elle avait effectivement évoqué l’arrivée imminente d’un nouveau CD en provenance d’outre Rhin, c’était une histoire de restaurant japonais ou peut-être d’hôtel à Tokyo, je n’avais pas tout compris) suivi d’un coup d’œil dans celle de mon fils où aucun indice pouvant trahir l’usage récent d’un aspirateur n’était décelable, me confirmèrent le retour à la normale. Dans la cuisine, ma femme interrompit sa préparation du repas -du poisson et des haricots verts- pour me montrer les magnifiques étagères qu’elle venait d’acquérir et que je pourrai installer dès j’aurai un moment. Pleinement rassuré, je manœuvrai donc adroitement en une savante retraite vers mon écran thérapeutique.
Et voilà, mon médecin peut être fier de moi, jamais je n’avais suivi un traitement avec un tel sérieux. Bon, mais attention à ne pas dépasser la dose quand même, je vais devoir vous laisser, d’autant que là j’ai une nouvelle visiteuse qui vient de se glisser dans ma boîte, une visiteuse un peu spéciale, une vieille amie dont je vous parlerai peut-être une autre fois. Elle a élu domicile juste sous la fenêtre de mon bureau depuis l’été dernier et passe me voir quelquefois. Elle s’appelle Amélie.
Portez vous bien. A+.
Fred.
Fred.

