Il y a quelques heures, j’ai vécu une rupture.
Oh, je sais, cher lecteur(trice) égaré(e) par erreur dans cette boîte vide abandonnée sur une étagère numérique, je sais, cela est d’une banalité affligeante, il n’y a là rien qui puisse venir troubler la Marche du Monde, ni même éveiller l’attention de l’internaute blasé, habitué désormais aux soubresauts autrement plus glamours des couples people et/ou présidentiels…
Mais que voulez vous, ami(e) numérique, ceci est l’histoire de Fred et cette boîte où vous vous êtes imprudemment aventuré(e) est la sienne, et il est des moments où cela réconforte de pouvoir s’épancher un peu sur l’épaule, même virtuelle et hypothétique d’un(e) visiteur (euse) que l’on espère compatissant(e).
Alors bien sûr, dans ces cas là, on cherche à comprendre, on évalue la responsabilité de l’un et de l’autre, on se demande si les choses auraient pu évoluer autrement, on fouille dans le passé, dans ces remarques jugées sans importance sur le moment, ces attitudes qui semblaient anodines et qui prennent après coup une signification plus lourde. Alors, oui peut-être avez vous raison, cher lecteur qui avez résisté à votre envie de fuir vers d’autres blogs, oui peut-être cette rupture était-elle inévitable, programmée depuis des mois, sans que j’en ai eu conscience.
Mais pour moi, tout s’est déclenché il y a seulement quelques jours, là, pendant ce week-end de Pâques qui fut pourtant si agréable. Nous étions invités à déjeuner chez Luc et Cathy, vous savez, nos amis moyenâgeux dont je vous ai déjà entretenu. Nous y avons retrouvé d’autres vieilles connaissances, nous avons comme d’habitude refait le monde, évoqué le bon vieux temps, imaginé des projets plus ou moins raisonnables, pendant que les enfants jouaient dans le jardin en s’empiffrant de chocolat. La cuisine était excellente (je l’ai déjà noté, Luc est fin cordon bleu, Cathy aussi, et il semble que des plaques à induction très performantes aient été dissimulées dans un recoin sombre de la cuisine). La journée a passé très vite comme toujours quand on se sent bien en compagnie des gens qu’on aime. Le lendemain était férié, nous en avons profité pour faire une longue promenade en famille malgré le temps capricieux. Je me souviens que c’est au soir de cette journée que j’ai eu ma première intuition, je me sentais vraiment très très bien, anormalement bien.
Le matin suivant, brutal changement de décor à mon arrivée au bureau : une mission d’assistance technique à effectuer pendant plusieurs jours, à l’étranger, à plusieurs heures d’avion, et pour une durée indéterminée… Le genre d’imprévu qui m’excitait du temps de mes jeunes années, mais il faut croire que ma fibre globe-trotteuse s’est émoussée au fil du temps parce que là j’ai fait ma valise en maugréant. J’avais tort. La mission s’est révélée passionnante et l’accueil de nos hôtes extraordinaire, leur reconnaissance pour l’aide apportée (pourtant modeste) très démonstrative. A mon retour, je tenais la grande forme, malgré le décalage horaire. Et c’est là que j’ai vraiment commencé à comprendre.
Le lendemain, j’avais droit à une journée de repos pour services rendus et récupération de jet-lag. La maison était vide, c’était le moment idéal pour passer un moment dans la " Cathédrale ". Nous nommons ainsi un coin du jardin où six peupliers sont plantés en cercle autour d’un arbre central, tous d’une taille imposante, comme les piliers d’une cathédrale verte. Le nom s’est imposé de lui même il y a bien des années, tellement l’endroit à l’écart du reste du jardin, invite à la méditation. On y pénètre avec respect, surtout les jours de grand vent, le calme qu’on y ressent contrastant alors avec le bruissement parfois assourdissant venant du faîte des arbres agité par les bourrasques. J’y vais souvent lorsque j’ai besoin de mettre de l’ordre dans mes idées ou mes sentiments, ou de faire quelques exercices de méditation. Cette fois ci, je me suis allongé sur le dos et je suis resté longtemps, le regard perdu dans le ciel, à peine conscient de la danse des " piliers " dans le vent à la périphérie de mon champ visuel.

En rentrant à la maison, j’avais les idées claires, je suis parti directement chez mon médecin. Et là, je lui ai tout expliqué. Ma forme extraordinaire du moment, mon bien être physique et mental, la disparition de tous mes symptômes, bref ma guérison. Et cela grâce à l’Amitié, à l’Amour, à la sensation d’être utile, aux sourires et aux regards complices, et à quelques exercices de méditation en prime. Le traitement prescrit avait sans doute été utile, mais enfin j’en était persuadé, j’étais guéri et bien guéri de ma bloguite grâce à cette semaine émotionnellement tout à la fois intense et sereine. N’était ce pas une grande découverte, à la fois enthousiasmante et utile pour le progrès de la médecine ? ! Pendant tout mon exposé, le médecin était resté impassible. Quand j’eus terminé, il poussa un grand soupir, puis il griffonna quelques mots sur une ordonnance, me la tendit et me raccompagna à la porte en m’expliquant qu’il avait sous-estimé la gravité de mon état et qu’un traitement médicamenteux puissant était désormais indispensable. Là, pour le coup, j’était sonné. Peut-être m’étais je mal expliqué ? Mécaniquement, je passai docilement acheter le médicament à la pharmacie et je rentrai à la maison. Ma femme était là, je lui expliquai toute l’histoire en lisant comme à mon habitude la notice du remède. La liste des précautions d’emploi et effets secondaires en occupait l’essentiel. Alors Claire (c’est le prénom de ma femme, j’ai du oublier de vous le préciser) me rappela avec un calme étonnant la mauvaise opinion qu’elle avait depuis toujours de mon médecin, opinion qu’elle ne se privait pas de me rappeler régulièrement à chaque consultation ou presque, parfois avec des mots très durs. Il faut vous dire qu’elle ne se soigne que par homéopathie pour elle même comme pour les enfants. Ce qui la séduit dans ces petits tubes remplis de boules blanches, c’est l’absence d’effets secondaires. En ce qui me concerne, ce que je trouve intéressant avec ces médicaments, c’est l’absence de notice… (Quant à mon médecin, j’ai abordé le sujet une fois, il m’a parlé d’absence d’effet tout court…).
Alors voilà, vous savez tout, j’ai rompu avec mon médecin et j’ai pris rendez-vous avec un homéopathe.